Editorial

Une Semaine, décisive entre toutes.

 Ce n’est pas en un jour, ni même en trois – du jeudi au dimanche – que nous célébrons Pâques, mais en sept: des Rameaux au jour de Pâques, en écho aux sept jours de la création; car ce que nous célébrons dans le Mystère de la Pâque du Seigneur, c’est la re-création de l’homme et de l’univers. Le mystère de la Pâque commence le dimanche des Rameaux, lorsque palmes à la main, nous nous rassemblons pour entrer dans l’Eglise. Cette procession dit le courage du départ, l’espérance d’une terre, d’une humanité nouvelle.
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Jeudi Saint, nous célébrons la dernière « Cène », de Jésus : alors nous sommes invités à refaire ce que le Christ a demandé à ses disciples avant sa Passion: « Allez faire les préparatifs de notre repas pascal. » Le Christ, aujourd’hui, ne peut être présent parmi nous que s’il y a une assemblée qui le désire, qui prépare sa venue, qui l’accueille.
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Vendredi Saint, la grande tradition chrétienne célèbre le mystère de la Croix. En écoutant les récits de la Passion, nous entendons quelque chose du mystère du Verbe offrant sa vie pour la vie du monde. Lorsque la Croix est introduite, voilée, entourée de porteurs de lumière, pour être présentée à la vénération des fidèles, le rite du dévoilement signifie qu’on ne s’empare pas de la Croix, que l’on reçoit ce mystère dont nul ne peut parler s’il n’a vécu l’épreuve. Chacun est invité à venir vénérer personnellement la Croix, car adhérer au mystère du Christ, c’est accepter d’étreindre sa Croix, de mourir en Lui. Là, j’accepte que, dans chacune de mes morts, jaillisse une fontaine de vie. Je meurs à tant de choses qui m’empêchent d’être moi-même et de bondir, libre. La Croix nous fait traverser nos nuits. À travers ces rites, c’est notre être, nos larmes, nos joies qui sont transformés.                                       .

Samedi Saint, jour mystérieux. « Il est descendu aux enfers », confessons-nous dans le Credo. Voilà ce qui se produit, de façon cachée, le Samedi saint: ce jour vide, silencieux pour les disciples et pour les hommes, est le jour où le Père – qui « est toujours à l’œuvre » comme l’a dit Jésus (Jn. 5,17) – à travers Lui, porte le salut aux enfers. Pour les chrétiens, c’est un jour marqué par le silence, un jour à l’apparence d’un « temps mort », vide de sens. Dans une hymne, Ephrem le Syrien chante : « Celui qui dit à Adam : ‘Où es-tu ? est descendu aux enfers derrière lui, il l’a trouvé, l’a appelé et lui a dit : ‘Viens, toi qui es à mon image et ressemblance ; je suis descendu où tu es pour te ramener dans la terre promise »                                              

Pâques: Quand vient la nuit du samedi, on allume le Cierge Pascal au grand feu, et de là, la flamme est portée aux petits cierges individuels des participants. À ce moment, il est bon d’entendre la magnifique catéchèse pascale de saint Jean Chrysostome: « Que tous ceux qui cherchent Dieu et qui aiment le Seigneur viennent goûter la beauté et la lumière de cette fête ! …Riches et pauvres, communiez dans la joie. Avez-vous été généreux ou paresseux ? Célébrez ce Jour ! Vous qui avez jeûné et vous qui n’avez pas jeûné, aujourd’hui, réjouissez-vous ! La table du festin est chargée: goûtez- en tous, sans l’ombre d’une réticence…Venez tous puiser aux richesses de la miséricorde. » C’est la nuit du grand pardon: On ne mérite pas la Pâque du Seigneur ! Tous ceux qui acceptent d’entrer dans cette joie sont invités aux noces de l’Agneau. La liturgie de Pâques n’est-elle pas le plus grand moment de la foi ? Quand on a cherché dans la nuit et que l’on a pressenti la beauté, la force de vie du mystère pascal que l’on vit dans cette célébration, on n’a qu’une envie: suivre la lumière qui écarte nos ténèbres et nous guide au cœur de la foi, à la rencontre de Dieu et des hommes.

P. Jean