Editorial

Dernière minute 5

 L’AVENT, TEMPS D’ATTENTE

L’Ancien et le Nouveau Testament décrivent tous deux notre existence dans ses rapports avec Dieu comme une attente… La condition de l’homme, dans sa relation avec Dieu, c’est avant tout la condition de quelqu’un qui n’a pas, qui ne voit pas, qui ne sait pas et ne prend pas…

Je pense au théologien qui n’attend pas Dieu, puisqu’il le possède, enfermé dans une doc­trine. Je pense à celui qui étudie la Bible, qui n’attend pas Dieu, parce qu’il le possède, en­fermé dans une institution. Je pense au croyant qui n’attend pas Dieu, parce qu’il le possède, enfermé dans sa propre expérience.

On supporte difficilement de ne pas posséder Dieu, d’attendre Dieu. Il n’est pas facile de prêcher, dimanche après dimanche, sans se convaincre soi-même, ainsi que les autres, que nous possédons Dieu et que nous pouvons en disposer. Il n’est pas facile d’annoncer Dieu aux enfants et aux païens, aux sceptiques et aux anticléricaux, et de leur faire comprendre, en même temps, que nous-mêmes, nous ne possédons pas Dieu et que nous l’attendons. Je suis convaincu que l’indifférence contre le christianisme est due en grande partie à la prétention, visible ou dissimulée, qu’ont les chrétiens de posséder Dieu, et à la perte de l’élément d’attente, si décisif chez les prophètes et les apôtres… Ils ne possédaient pas Dieu, ils l’attendaient.

Car comment Dieu peut-il être possédé ? Dieu est-il une chose qui peut être saisie et connue parmi d’autres choses ? Dieu est-il moins qu’une personne humaine ? Un être humain, on doit toujours l’attendre. Même dans la communion la plus intime entre des êtres humains, il reste un élément de non-possession, de non-connaissance et d’attente. Ainsi, puisque Dieu est infiniment caché, libre et imprévisible, nous devons l’attendre de la façon la plus absolue et la plus radicale. Pour nous, il est Dieu, précisément dans la mesure où nous ne le possé­dons point…

Le moyen d’avoir Dieu, c’est de ne pas l’avoir.

Paul Tillich